Albert-Londres à vélo : Une Aventure Épique pour Commémorer Albert Londres

3 Juin 2024 | 2024, Albert Londres, ailleurs

En mai 2024, notre ami Bernard Cahier, président de l’Atelier Albert Londres, a entrepris un périple inédit : relier à vélo la ville d’Albert, dans la Somme, à Londres. Cette aventure, qui s’est déroulée du 21 au 23 mai, rend hommage à Albert Londres dont nous commémorons cette année le centenaire de son reportage sur le Tour de France 1924.
Ce projet fou, initié à l’automne dernier et soutenu par la revue 200, n’était pas seulement un défi sportif. Il s’agissait aussi de suivre la ligne de front de la « course à la mer » de la Première Guerre mondiale, que Londres avait couverte en 1914.
Accompagné d’Alain Puiseux, directeur de la revue « 200 », Bernard a traversé des paysages historiques et pittoresques, de la campagne française aux routes anglaises, en passant par des villes emblématiques comme Hazebrouck, Dunkerque, Canterbury, et finalement Londres.
Malgré une météo capricieuse et quelques ajustements de parcours, Bernard et son compagnon de route ont bravé la pluie, les routes boueuses et les ascensions ardues pour atteindre leur destination finale, Londres.
Découvrez ci-après le récit de cette aventure, ponctuée de rencontres insolites et d’hommages émouvants, et plongez dans l’univers de ces deux passionnés qui, en trois jours et près de 300 kilomètres, ont rallié deux villes chargées d’histoire et de symboles. Et retrouvez très bientôt le récit complet et les photos de cette épopée dans le prochain numéro de la revue « 200 ».

Albert-Londres à vélo, du mardi 21 au jeudi 23 mai 2024

par Bernard Cahier

L’automne dernier, une idée saugrenue m’est venue à l’esprit. Ça m’arrive parfois.

L’idée était de faire le trajet d’Albert, dans la Somme, à la capitale britannique. Une double commémoration, et un hommage, à Albert Londres, considéré comme le « père du grand reportage ».

En 1924, il avait couvert le Tour de France cycliste, pas sur le plan sportif sportif, mais sous son angle humain. Il avait au passage dénoncé le dopage. Nous commémorons cette année le centenaire de ce reportage. Dix ans auparavant, au cours de l’automne 1914, il avait suivi, comme correspondant de guerre, la ligne de front de ce que l’on a nommé « la course à la mer ».
Le projet consistait donc à joindre Albert à Londres, en suivant cette ligne de front.

Albert Londres en 1915

J’envisageais trois jours : Albert-Hazebrouck, Hazebrouck-Ypres-Dunkerque et Douvres-Londres. Trois fois cent kilomètres environ. Pas de quoi épuiser un « bourcain », même peu entraîné.
En novembre, j’en parle à Alain Puiseux, le directeur de la revue 200, magazine sous-titré « toutes les aventures du vélo » ; un magazine gourmand de voyages et de sujets un peu farfelus organisés autour du vélo. Alain me répond : « Vous connaissez 200 : l’idée d’un Albert-Londres est suffisamment absurde et drôle pour nous plaire. »
La météo et la charge de nos emplois du temps ont reporté plusieurs fois le voyage, depuis le début de l’année. Nous venons finalement de le faire, à deux. Les horaires de traversée nous ont obligés à éliminer Ypres, mais le reste du parcours a pu être maintenu.

Etape 1 : Albert-Hazebrouck
Etape 2 : Hazebrouck – Dunkerque – Canterburry
Etape 3 : Canterbury – Londres

En voici le déroulé :

Le lundi 20 mai, fin du week-end de Pentecôte, rendez-vous est pris à Albert, où nous avons réservé une chambre à l’hôtel de la Paix. Une journaliste du Courrier Picard nous y attend. Interview, photo : le reportage paraît le lendemain en page 2, photo à l’appui. Puis nous allons manger une ficelle picarde près de la basilique. Mon compagnon, qui a tracé le parcours GPS et réservé hôtels et ferries, est à la fois journaliste, écrivain et cycliste. Je suis content de partager ces trois jours avec lui, que je lis depuis dix ans dans 200.


Mardi 21 mai, 8 heures du matin, départ, pour 96 km (D+ 475 m).

Le temps est gris, le ciel est bas. On ne voit que le mât des éoliennes. Petites routes tranquilles. Entre dix et onze heures, la pluie se met à tomber, doucement, puis plus soutenue. Jamais très forte, mais suffisamment tenace pour nous tremper jusqu’aux os. Au restaurant, à midi, nous laissons deux mares sous nos chaises, elles aussi dégoulinantes. Une équipe de France 3 Nord-Pas-de-Calais m’avait appelé la veille : elle devait nous rejoindre sur le circuit, mais la météo peu photogénique a dû les refroidir, et elle n’a plus donné de nouvelles. Le repas et deux cafés nous réchauffent un peu. L’après-midi, la pluie diminue
progressivement, mais nous sommes contents d’arriver à l’Auberge de la Forêt, à La Motte-au-Bois, cinq kilomètres avant Hazebrouck.

Mercredi 22 mai, 8 heures.

Nous nous lançons dans la deuxième étape, coupée en trois tronçons : de Hazebrouck à Dunkerque (65 km, D+280 m), en passant par Cassel où nous faisons une pause ; puis le ferry jusqu’à Douvres ; puis les petites routes jusqu’à Canterbury (30 km, D+ 290 m). Dans la matinée, un peu avant Cassel, dans un passage boisé, un sanglier nous accompagne sur quelques mètres le long de la route. Drôle de rencontre ; nous restons quand même sur le qui-vive. À Cassel, nous nous arrêtons pour des photos, face au café où Alain se trouvait lors de l’attentat de Charlie Hebdo.

Puis Dunkerque, direction le port. Sur le ferry, nous sommes peu nombreux : quelques motards, et des camionneurs ; nous sommes les seuls cyclistes. Nous débarquons après deux heures de traversée. Désormais, nous roulerons à gauche (c’est beaucoup plus facile à vélo qu’en voiture).

À Douvres, nous attaquons directement par une montée à 15 % pour passer les falaises. Avec le porte-bagage et les sacoches, les mollets ne lui disent pas merci. La trace nous mène à Canterbury, où nous avons réservé notre chambre au Pilgrims Hotel, par de petites routes typiquement anglaises (étroites, avec de grandes haies au ras de la chaussée) et quelques passages carrément gravel. La région a visiblement eu droit à de gros orages peu avant, car la chaussée est détrempée, et les passages gravel bien boueux. Nous arrivons tout crottés à l’étape. Après une bonne douche et un passage bienvenu dans un restaurant italien, nous faisons le tour de la célèbre cathédrale, lieu de pèlerinage.

Jeudi 23 mai, 8 heures.

C’est parti pour la dernière étape, de 116 km (D+ 775 m), toujours à travers la campagne anglaise. Le beau temps est revenu. Les routes sont toujours aussi étroites, il nous faut parfois stopper pour croiser une voiture. Certains tronçons gravel sont si étroits qu’en passant on se fait fouetter les mollets à la feuille d’ortie. Une perdrix s’enfuit lors d’un arrêt pipi, un faisan traverse devant nous, très digne. Dans les prés, des brebis avec leurs agneaux, des vaches avec leurs veaux ; un gros écureuil gris traverse la route (venus d’Amérique du Nord, ils ont éliminé les roux) ; et beaucoup de tout petits lapins à la trajectoire imprévisible. Pause déjeuner à Chatham, puis nous repartons pour gagner les bords de la Tamise, que nous suivons un bon moment. Peu avant Londres, un renard se promène, pas farouche pour un penny. Puis nous quittons les berges pour des bandes cyclables urbaines qui nous font traverser Greenwich et passer devant le musée de la marine. Nous atteignons enfin le quai situé en face du parlement, où nous prenons une photo, sous le même angle qu’une carte postale envoyée en 1918 par Albert Londres à sa fille.


Mission accomplie. Nous gagnons la gare de Saint Pancras, où un train nous ramène à Douvres. De notre chambre au Best Western Hotel, une sorte d’ancien palace en bord de plage. Après un repas indien nous profitons, fenêtre ouverte, du clapotis des vagues et de la pleine lune sur la Manche.

Le lendemain matin, nous sommes à sept heures au port, pour embarquer. Le ferry a une heure de retard. À bord, ce n’est pas la même faune qu’à l’aller. Nous sommes vendredi, le bateau est plein comme un œuf : rempli de familles, de groupes de jeunes ou de retraités venant en car sur le continent pour le week-end. Nous sommes cette fois une dizaine de cyclistes. Une dernière pédalée d’une vingtaine de kilomètres nous ramène à la gare de Dunkerque, point de séparation : Alain rentre sur Paris, puis Clermont-Ferrand ; tandis que je rejoins Albert via Lille. Retour en voiture sur Reims, où m’attend l’hôtel. Heureux, mais fatigué, je m’endors dès la tête sur l’oreiller.


Et voilà un bon souvenir de plus ! Il ne reste plus qu’à attendre l’article de 200 et la sélection de photos (150 ont été prises sur le trajet), dans la livraison de mois de juillet.

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